La Boucherie Littéraire - Le bus dans la ville - Vents d'ailleurs (Adulte) - La Boucherie Littéraire


Raccourci :


Le bus dans la ville

Le bus dans la ville

Note de l'éditeur


Une famille, un quartier, toute une ville prend corps à travers le regard d’un homme qui, assis dans un bus, traverse la ville de son enfance et de sa jeunesse. L’Algérie est là, elle s’impose, exigeante et intransigeante.
Les voisins, les amis, la famille, les premiers amours, les professeurs, les poètes et les révolutionnaires, les hardis et les lâches, les idoles et les effacés, chaque personnage transporte un morceau de la ville, donne le goût de la vie ou succombe au désespoir, à la désillusion, se fait poète ou dramaturge.
En filigrane, les petites histoires reflètent la grande et font écho avec elle. La ville reste, tantôt laide tantôt attachante, l’unique point de repère spatial, le temps s’amenuise entre réel et imaginaire, entre le temps des souvenirs et le maintenant retrouvé.


Extrait

Camille était resté longtemps auprès de nous ; jamais il n’avait voulu partir. Il s’était accroché malgré les tempêtes et les vents contraires. À l’intolérance qui grandissait, il répondait avec plus d’amour. Puis, il avait fini par céder, rompre. Un jour d’hiver humide, il avait quitté la ville. À jamais.
Nul ne résistait à cette ville, ni Camille, ni Manon. Ni Kamel, ni Kad. Ni tous les autres. Elle était maudite.
J’étais devenu fou. Je délirais et trébuchais sur mes souvenirs, les quelques souvenirs qui me restaient. Je mélangeais les dates, les événements, j’en oubliais d’autres, tous les autres. Peut-être ma mémoire était-elle devenue sélective ? J’avais envie de rire : moi, j’avais une mémoire ? La belle affaire ! Moi avec une mémoire ! Comme si c’était possible d’avoir une mémoire ! Pour quoi faire ? Ah oui ! C’était pour me rappeler que le bus de la ligne A n’avait pas de terminus. Il tournait autour de la ville, sans jamais la déflorer. Il tournait sans cesse autour de ses blessures, comme un charognard qui attend que sa proie s’effondre.
Il tournait, et ma tête tournait. Il tournait et mon cœur cédait. Il tournait, tournait, tournait. J’avais mal ! Je voulais voir la mer : à travers la vitre où la pluie laissait des traces rouges, je voyais les gens aller dans tous les sens, sans but. Un virage plus loin, j’avais vu la mer se retirer. Ma ville était maintenant adossée à l’abîme !


Note sur l'auteur


Yahia Belaskri est né à Oran (Algérie). Après des ­études de sociologie, il est responsable des ressources humaines dans plusieurs entreprises algériennes puis se tourne vers le journalisme. Un an après les émeutes d’octobre 1988, il décide de s’installer en France.

À travers de nombreux articles, des essais et des nouvelles ainsi que sa participation aux travaux de recherches sur la Mémoire de la Méditerranée, il pose un regard critique empreint d’un profond humanisme sur l’histoire de ­l’Algérie, de la France et des rapports si conflictuels entre ces deux pays.

Le bus dans la ville
, Yahia Belaskri. 128 pages, 15 x 23 cm, février 2008, 14 euros.


Esclaves au paradis Les cloches de la brésiliennes

Vents d'ailleurs (Adulte) : catalogue - edition

La Boucherie Littéraire © 2008 Le bus dans la ville - Vents d'ailleurs (Adulte) - La Boucherie Littéraire - web design