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Note sur le livre
Indispensables mais invisibles quand ce n’est pas indésirables, ce sont les hommes et les femmes qui triment dans les coulisses de notre société dite "développée". Ils, elles sont abonnés aux travaux qu’un rapport de l’Organisation du Travail (OIT) dénommait "the three D" : dirty, degradant, dangerous (sales, dégradants, dangereux). On pourrait ajouter sans hésiter : durs. À partir des années 80, l’explosion de la sous-traitance dans le cadre de ce que le jargon économique a appelé la "restructuration productive" a facilité la surexploitation de ces voyageurs et voyageuses du lointain. Dans ce grand mouvement, l’agriculture n’a pas été en reste. Tandis que l’Europe agricole se bâtissait autour des secteurs dominants que sont les céréales, la viande, le lait et le sucre, la production de fruits et légumes n’a connu qu’une seule règle : la concurrence sauvage.
Note sur les auteurs
Yohanne Lamoulère est née en septembre 1980, elle vit et travaille à Marseille. Après des études d’histoire de l’art, elle est diplômée de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles (E.N.S.P) et intègre le collectif photographique Obturateur central en 2000. Depuis, ses champs d’investigations privilégiés sont ceux de l’isolement, des territoires souvent occupés par les “déracinés”, elle témoigne du processus migratoire en France et à l’étranger.
Patrick Herman est né en 1948. Après avoir enseigné quelques années comme professeur de Lettres Modernes dans la région parisienne, il migre vers le sud de la France et devient paysan en agriculture biologique (production fruitière) en 1975. Investi pendant de longues années dans le monde syndical et associatif, il trouve un prolongement à cette activité dans le journalisme et publie son premier article en 1993 sur l’ouverture des archives de Seveso en Italie. Élargissant son domaine de recherche à tout ce qui concerne la santé publique (santé au travail, santé et environnement.), il publie très rapidement sur « l’affaire de l’amiante : un crime social », un dossier qu’il suit de près depuis une quinzaine d’années. Maladies professionnelles, accidents du travail, politique de prévention, sous-traitance et risques industriels seront autant de sujets abordés au fil des années, dans l’actualité tant nationale qu’internationale. Parallèlement, il aborde un autre territoire qu’il connaît en pratique « de l’intérieur » : l’agriculture (syndicalisme agricole, histoire du Larzac, agriculture biologique, politique agricole commune, rapports Nord-Sud.). Reportages et enquêtes menés dans ce domaine l’amènent à s’intéresser au bilan de l’agriculture intensive en France et en Espagne et au rapport de ce mode de production avec un système d’emploi marqué par la mise en concurrence d’une main-d’œuvre issue de tous les continents sur fond de régression sociale sans précédent. Il a collaboré au Monde diplomatique, Politis, Nature et Progrès, Alternatives Internationales, Témoignage chrétien.
La presse en parle
Les serfs de la serre ou les migrants de l’agriculture intensive
Bienvenue sur le versant dissimulé de l’agriculture intensive, celui que les journaux n’effleurent qu’au gré des creux de l’actualité estivale. Bienvenue dans le quotidien des saisonniers agricoles, à l’autre bout des étals de fruits et légumes de la grande distribution. Maghrébins, Sud-Américains ou Européens de l’Est, des dizaines de milliers de prétendants à une vie meilleure viennent chaque année se démener sous les serres d’Europe du Sud, dans des conditions de travail et de vie proches de l’esclavage. Beaucoup s’y embourbent. Patrick Herman, journaliste, et Yohanne Lamoulère, membre du collectif photographique Obturateur central, esquissent le parcours de certains d’entre eux. Des portraits écrits et visuels d’une insupportable justesse, sans voyeurisme ni théâtralité misérabiliste.
Ainsi est détaillée l’épopée des habitants du Gourbi, ce bidonville à quelques kilomètres de Marseille où vit depuis vingt ans, sous des bâches plastiques et sans eau potable, la main-d’oeuvre indispensable à la survie des exploitations agricoles provençales. Recrutés au Maroc et en Tunisie, puis transportés par l’Office des migrations internationales, ces saisonniers sont livrés pieds et poings liés à leurs employeurs.
À la moindre interruption de contrat, même momentanée, leur présence dans les Bouches-du-Rhône devient illégale. Du pain béni pour les forces de police qui, à grand renfort d’hélicoptères, de projecteurs et de maîtres-chiens, surjouent des chasses à l’homme dans les champs entourant le Gourbi.
Mais en termes de sauvagerie, l’Andalousie n’a pas encore d’égal. Là-bas, ce sont trois euros de l’heure par une température de 55 degrés.
Les employeurs y embauchent en tâtant grossièrement la robustesse des muscles et des dents des prétendants. Les femmes de l’Est alternent travail au champ le jour et prostitution la nuit, les saisonniers africains travaillent gratuitement trente minutes par jour pour remercier leurs patrons de les laisser dormir sous les arbres après avoir reçu toute la journée des pulvérisations record de pesticides sans la moindre protection…
Sans compter que, la nuit venue, le racisme contre ces migrants conduit au meurtre.
De trois années de reportages, les deux auteurs ont voulu témoigner : « Tout en sachant que des images, des mots n’ont jamais changé le monde. Juste faire entendre le grincement de la roue avant que peut-être, un jour, elle ne se bloque. »
Christelle Chabaud, L’Humanité, 28 avril 2007.
La roue ou la Noria des saisonniers agricoles, Yohanne Lamoulère et Patrick Herman, collection Limitrophe. 88 pages couleurs, 21 cn x 21 cm, mars 2007, 18 euros.
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