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Portrait des mouches. Sur les Songes drolatiques de Pantagruel

Portrait des mouches.  Sur les Songes drolatiques de Pantagruel

Note de l'éditeur

Essai sur cet ouvrage posthume de Rabelais et sur les significations possibles de cet étrange recueil de 120 gravures représentant des personnages grotesques aux corps hybrides, dans la tradition des drôleries gothiques.

Le dernier tome des oeuvres de Rabelais publié dix ans après sa mort est un très curieux recueil de gravures.

Érudits et bibliophiles n’ont cessé de s’interroger sur la signification de ces incroyables dessins


Un extrait du livre



L’aventurier des bibliothèques tente de reconstituer le chemin qu’a parcouru le livre pour, depuis l’ombre du passé, s’avancer jusqu’au bord de son temps. Car on l’a repris, oublié, redécouvert, réédité, comme si, à chaque fois, l’étrangeté demeurait intacte, et qu’il faille recommencer le geste de faire un livre pour mieux s’en imprégner, comme on répète un mot inconnu afin de remâcher l’inconnu.

(…)

Avec ces figures, suggère l’avertissement, on pourrait aussi establir mascarades. Michel Jeanneret lie à cela le métier de Desprez, qui fabrique des vêtements : ces images peuvent servir de source d’inspiration à ceux qui veulent fabriquer des costumes de carnaval. Ce serait donc tout, se dit l’aventurier des bibliothèques ? Des modèles de garde-robe, un catalogue de La Redoute pour farceurs ?

(…)

Les Songes drolatiques ne parviennent pas jusqu’à l’aventurier des bibliothèques sans tirer avec eux toute la charge du passé traversé. Ce qu’il voit en eux, d’abord, avant même de comprendre ce qu’ils pourraient signifier, c’est le regard des hommes disparus.


Voir un extrait des illustrations (Pdf)


Note sur Pierre Jourde


Pierre Jourde est né en 1955 dans le Val-de-Marne dans une famille d’origine auvergnate. Il vit à Paris. Agrégé de lettres, il enseigne pendant dix ans dans divers collèges et lycées. Depuis 1992, il partage sa vie entre Paris et Valence où il enseigne la littérature en université.

Romancier, nouvelliste, essayiste, critique et pamphlétiste, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages.

Il a préfacé le volume des Œuvres de Marcel Schwob (Belles Lettres, 2002), écrit également des textes en collaboration avec des artistes (Entrée des créatures, dessins de Robert Vigneau, Éd. Adana Venci, 2001, Bouts de monde, illustrations de Barrie Hastings, Éd. Le Quai, 1995), des poèmes, des nouvelles.

Il a dirigé la revue littéraire Hesperis de 1999 à 2002.

Il collabore à divers revues et journaux (Critique, NRF, Marie-Claire, L'Imbécile de Paris, La Quinzaine littéraire, Europe, Chronic'art, Autrement, L'Atelier du roman, Revue d'esthétique...).


Note sur Ronsard


Fils de famille aristocratique, parent de Bayard et de la reine Elisabeth d'Angleterre, Pierre de Ronsard est né, en 1524, sous une belle étoile. Il est élevé dans le culte des arts et des lettres par un père admiratif de l'Italie. II se montre également très doué pour les exercices physiques, l'équitation, ou l'escrime et devient l'un des pages les plus séduisants de la cour de France.

C'est une surdité précoce qui le fait renoncer à la carrière militaire. Il se découvre alors une vocation pour la poésie.

En 1545 , alors qu'il a vingt ans , il rencontre une jeune fille de treize ans, Cassandre Salviati. Aussitôt rencontrée, aussitôt disparue, la jeune Cassandre va devenir l'être "inaccessible". Elle se marie l'année suivante avec le seigneur de Pré. Elle sera à Ronsard, ce que Laure a été à Pétrarque, et va lui permettre de célébrer l'amour platonique

En 1547, Ronsard  fait la connaissance de Joachim du Bellay . Il décide de créer avec son ami et quelques autres jeunes poètes un groupe   qui prendra quelques années plus tard le nom de la Pléiade. Leur objectif est de soutenir le français contre ses détracteurs, enrichir son vocabulaire et son style et composer des œuvres inspirées des auteurs grecs et latins.

En 1550 , Ronsard publie les Quatre premiers livres des Odes qui le hissent au premier rang des poètes de l'époque. Marguerite de France puis le roi Charles IX se prennent d'enthousiasme pour ce "prince des poètes". Pendant deux décennies, Ronsard va jouir d'une grande renommée. Il  publie successivement ses Hymnes, ses Amours, puis ses Discours. En 1572, il se lance dans un projet gigantesque, La Franciade, une Eneïde à la française qui tournera court et se soldera par un échec.

A la jeune et austère Cassandre, se sont succédées Marie et Hélène , une jeune paysanne et une des filles de la Cour de Catherine de Médicis. Aux trois, dans des styles différents correspondant à la fois à la période de sa vie et aux caractères de ses muses, Ronsard a offert des sonnets que des générations de lycéens ont appris à déclamer .

Puis, soucieux de sa postérité, Ronsard consacre la fin de sa vie à la préparation des éditions de ses œuvres complètes. Ce qui ne l'empêchera pas de connaître plus de deux siècles d'oubli. Suite à sa mort, en 1585, il continue d'être vénéré et admiré jusqu'au début du dix-septième siècle. Une grande édition de 1623 le qualifie même de Prince des poètes français. Puis il faudra attendre 1857 pour que ses œuvres soient à nouveau éditées. Entre temps il essuya maintes critiques, dont celle de Jules Michelet : " Il frappait comme un sourd sur la pauvre langue française" n'est pas la plus virulente. Les écrivains de la seconde partie du dix-neuvième, Sainte-Beuve, Flaubert, et Maupassant , le sortent enfin de son purgatoire. Au vingtième siècle, il inspire Debussy, Saint-Saens, Ravel, Poulenc et Milhaud. En 1949, André Gide , dans son anthologie de la Poésie française, lui rend hommage : " Les poètes qui l'entourent ou qui lui succèdent sont, près de lui, froids, incertains, compassés, timorés."

Pourtant aujourd'hui, encore, celui qui fut l'un de ceux qui créa la langue poétique semble bien à l'étroit dans ce sonnet "Mignonne, allons voir sir la rose..." dans lequel on l'a, bien malgré lui, enfermé.

Biographie de Guy Jacquemelle extraite du site www.alalettre.com


Portrait des mouches. Sur les Songes drolatiques de Pantagruel, Pierre Jourde. 208 pages, 12,5 x 16,5 cm, mai 2006, 16,50 euros.

 

 


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